samedi 11 avril 2015 - par jack mandon

« Un Stradivarius dans un corps de camionneur. »

Une campagne de Russie, pour faire taire les clameurs,

Bateleur planétaire, lutherie renommée.

Gérard Depardieu, par l'éternel dénommé.

Préhistorique, antique, celtique et romantique,

Un saint ogre, par Bacchus et chronos cosmiques.

Racine, Balzac, Dumas, Hugo, Camus, Aymé

Panthéon de trouvères par sa voix animés.

1 Mammuth, (2010) Benoît Delépine et Gustave Kervern.

De Mammuth au mammouth, clin d’œil paléolithique .« Mammuth » vocable partagé par l'homme et sa machine. Radeau de la Méduse motorisé pourtant. Candeur d'un grand enfant, Gérard, immense acteur. Romantique en mal d'amour, avaleur de tendresse et d'abondante nourriture. (Benoît Delépine et Gustave Kervern) Archétype d'humanité cacochyme en dérive. Premier degré à mourir de chagrin, dernier degré, sursis pour espérer, faut bien s'illusionner un peu.

Méandres d'un labyrinthe tragico-ludique, Gérard, sauf respect déclaré. Abandonner d'emblée toute synthèse artistique ou simplement humaine, parce que cyclopéenne. C'était avant l'harmonie astrale des dieux de l'Olympe, l'époque cyclonique des Titans.

Préhistoire exhumée, sous l'angle analogique, inductif, empirique, Gérard, unique, incomparable. Saltimbanque charnel en forme de météore, peut être de comète. Saisir le phénomène brut et bien complexe. Profond, décalé, inconvenant, provocateur, inspiré, rustique, prévenant, tonitruant, pachydermique et pourtant aérien. Les artistes inventant des vocables pour traduire l'indicible. Monstre sacré !...clament-ils.

Préhistoire exhumée, long cheminement du mammouth, désertant l'Afrique à l'époque du quaternaire, pour dissoudre sa masse souveraine dans l'infinie Sibérie en un temps de disette. Pas vraiment la cigale de Jean de La Fontaine. La fourmi potinière ? Mieux nommée, « poutinière. » Métamorphose aidant, l'homme, montreur d'ours et sa bête. Mammifère ? Homme de fer, L'alcool non, mais l'eau ferru, l'eau ferru ferrugineuse oui !

2 Raspoutine, (2011)Josée Dayan.

Rôles de composition, protéiformes. Comédien cohérent, bonhomme et gargantuesque, caricatural et drolatique « Obélix » (Claude Zidi). sympathique, odieux, capable de gestes délicats de jeune fille, ambigu, équivoque, travesti « Tenue de soirée », (Bertrand Blier.) Ses colères débordantes. « Uranus » (Marcel Aymé.) À Bacchus consacré, puissant, sonore, alcoolisé, déclamant « Andromaque » (Racine) les joues ruisselant de larmes, du velours dans la voix. « 7 morts sur ordonnances » (Jacques Rouffio). Nature généreuse. Formidable et redoutable énergie, canalisée et sublimée dans une passion sacerdotale, vocation de chirurgien. Soudain, machiavéliquement détournée de son lit, se révèle fatale. Sous des cieux lourds du cyclone sociétal, « Raspoutine », (Josée Dayan) prophète halluciné en un temps de folie meurtrière. Les idéologues débiles, futiles, irresponsables, d'hier et d'aujourd'hui, appellent ça « révolution ». Lui, Gérard, dans son humanité rustique en gestation permanente, arborant sa panse de Gaïa au bord de l'enfantement, multiplie les heureux événements. Toujours mouvant, crédible, se transforme sans cesse, améliore, déforme, apportant, artisan, l'ultime coup de ciseau de sculpteur, Auguste Rodin dans « Camille Claudel  » . De sa propre image, les touches successives qui amusent les uns, perturbent les autres, les impressionnent tous. Sur le tournage il chahute, ripaille, cultive abondamment les grivoiseries, au milieu des acteurs concentrés et traqueurs. Puis soudain, le clap ! De son humanité triviale gargantuesque bascule dans le sacré. « Le curé et la pendue » (Jean Beaudin,) Abbé austère, saint homme en soutane, malheureux en diable, exhortant une femme, à offrir son âme à Dieu avant la pendaison. Avec dans le ton, l'angélisme salvateur du passeur d'éternité. Sa voix, évadée de l'antre d'un illustre luthier, ensorceleur diablotin et pourtant calotin.

Jacques Weber dit de lui : « Il a la science musicale du dire. » « L’homme reste un mystère. Une vivante contradiction. Un être sans limite. » Empathie naturelle, d'un homme habité de tous les hommes. Un comédien aux 250 films. « On l’aime on le déteste, mais on ne le cerne pas. Il n’y a pas un, mais une multitude, tous habités par une enfance contrariée. « Il est des douleurs dont on ne parle pas », prévient-il. L’ogre doux a son jardin secret. C’est un artiste, un vrai, d’où s’écoule la vie. Un soleil blessé. A prendre ou à laisser. »

3 te en friche, (2010) Jean Becker

Thème récurrent qui touche à l'enfance. « La tête en friche » (Jean Becker). Cœur du dilemme. L'éveil culturel, sa fragilité, les conditions printanières de l'ensemencement. Germain, le géant maladroit, traumatisé, hypersensible, découvre une petite dame joyeuse, curieuse et cultivée (merveilleuse Gisèle Casadessus, fée centenaire) qui lui prendra la main le préparant au livre, à l'histoire, à la rêverie intérieure orientée, formatrice et créatrice qui offre les mots pour exister vraiment.

Autre monde insoupçonné. Peut être l'amitié, l'empathie confondues. Communication non verbale précédant celle que prononcent les mots. La voix humaine prend ici tout son sens, elle nomme et distingue, se meut et s'émeut. Elle devient le chemin qui fait naître l'identité. L'émotion envahissante qui participait à l'anéantissement de l'âme est drainée dans une voie apaisante éclairée soudain, vers un nouveau monde ou toute chose fait sens. La sensibilité et les idées clarifiées participent à l'incarnation de chacun.

4 Cyrano de Bergerac, (1990) Edmond Rostand, Jean-Paul Rappeneau, Jean-Claude Carrière

Gaillard aguerri au péril, à l'affrontement, redoutable à l'épée, « Cyrano » (Edmond Rostand), souligne le dilemme, celui des capacités oratoires et du joli verbe lovés dans une apparence corporelle vécue dans la disgrâce. La performance oratoire de l'acteur Depardieu, ici, éblouissante.

Toutes les distorsions, formes et fonds confondus, soulignées par les écrivains, cinéastes, producteurs, expliquent les mouvements et la philosophie qui s'enracinent dans la vie de l'acteur. Agrégat subtil de la psyché constituant une compensation que l'on appelle « génie », la perle de l’huître. L'enseignement oral exerce sa magie, emplissant l'imaginaire, demeurant libre et fluide comme la musique de l'inspiration. Les mythes et leurs légendes s'emparent du fascinant vagabond philosophe. Sa destinée, ses idées peu banales, ses mille exploits et mille propos vrais ou inventés ajoutent à la fantasmagorie. Atypique insoumis, disciple, peut être à son insu de Socrate, jaillit de la boite de Pandora. Son nom, « Depardieu-Diogène de sinope, de nul part et d'ailleurs ». Il agit à renverser les interdits, le sacré, tous les tabous. Mais bien sûr, l'insidieuse et vulgaire notion « culturelle » socialo-mesquine, précipita cette âme libre de l'autre côté du temps. Le chanceux philosophe itinérant, gastéropode « d'amphore » et de bon vin, alla quérir en Sibérie asile et nouveauté, comme son ancêtre le mammouth en d'autre temps de glaciation. Dans son enveloppe humaine et sociale désormais étriquée, contre toute apparence, il ne pouvait muer sans repousser les frontières spatiales de l'univers artistique rabelaisien de sa propre vie.

Le monde, une scène, la vie, un drame : la métaphore du théâtre du monde est l'une des plus triviales qui se trouvent. Les plus talentueux s'incarnent dans ce processus alors que d'autres inondent la planète de livres qu'ils écrivent ou lisent mais ne vivent point. Pire encore, le tout venant, quelques fois pauvre de cœur et d'esprit, brûle sa misère à l'ombre de la vie.

Le saltimbanque, grand découvreur et dévoreur de réalités oniriques et matérielles ne théorise point. S'esclaffe en bacchanales, joyeux hédoniste, porté par l'écho des grands espaces vinicoles de Dionysos. Néanmoins, dans la prose, le creuset du spectacle et de la scène, tout s'anime et se construit autour des vrais talents, qui ne trouvent ni refuge ni paix, tant ils sont convoités, achetés, vendus, aimés ou rejetés. Remède à déstabiliser une montagne, à briser l'intégrité d'un géant. La réussite rocambolesque, romanesque, au fond d'exception, dérange l'insignifiance et la médiocrité des adversaires de l'ombre. Qu'importe, si l'amitié n'existait, elle naîtrait simplement par sa voix et la fécondité spontanée de son art .

5 Jean Valjean, les Misérables, (2000) Victor Hugo, Josée Dayan. Didier Decoin

« J’aime les gens ! Ce n’est pas la peine de me demander qui je suis. Je suis un paysan du spectacle. Ce qui m’intéresse, ce sont les gens. Les gens sont la vie ! » (lui)

« De tous les biens que la sagesse procure à l'homme pour le rendre heureux, il n'en est point de plus grand que l'amitié. C'est en elle que l'homme, borné comme il l'est par sa nature, trouve la sûreté et son appui. » (Epicure.)



51 réactions


  • Le p’tit Charles 11 avril 2015 09:36

    Un « COUILLU »...un vrai mec...avec du talent en plus.. !


  • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 11:13

    Voici venu le temps des tagueurs à qui la parole n’est pas donnée.
    A moins qu’elle fut prise pour insulter ou massacrer.
    C’est la parole, qui permit à Gérard de transformer sa misère en réussite.


  • cevennevive cevennevive 11 avril 2015 12:23

    Bonjour Jack,


    J’aime bien votre article et les commentaires qui l’accompagnent.

    Aujourd’hui, si l’on n’a pas le « gabarit » corporel des impératifs de la mode ou des instances médicales, parfois létales, l’on est nécessairement marginalisé.

    Le culte du corps a dépassé le culte de la personnalité, de la bonté, de l’empathie, et même du talent. C’est triste...

    Depardieu est un ours sentimental, un marginal de la « société de bienséance », et il a raison de ruer dans les brancards. Peut-être va-t-il un peu trop loin dans ses remarques ? Mais pour remettre les choses en place, il faut tout bouleverser, non ?

    Rocla (que je salue) cite Rimbaud. Aujourd’hui, on n’a gardé de Rimbaud que ses poèmes, occultant la vie aventureuse qu’il eut.

    Il y eut aussi Joseph Kessler, Henri de Monfreid et bien d’autres... Il est vrai qu’ils avaient, eux, un physique « convenable »... Peut-être la postérité ne gardera-t-elle de Depardieu que son talent ?

    Cordialement.


  • cevennevive cevennevive 11 avril 2015 15:38

    Je trouve que la parole et les attitudes, quelquefois outrancières, de Depardieu sont magnifiquement rabelaisiennes.


    La caricature de ces grands géants bruyants et excentriques se retrouve dans pas mal de romans ou littératures policières. Même le sérieux Robert Merle dans son « en nos vertes années » reprend ces attitudes et ce langage pleins de verdeur et de truculence.

    Le grand et gros géant est bien plus sympathique que le petit maigre atrabilaire, dans la littérature ou le cinéma bien sûr. Car dans la vie, cela doit finir par nous fatiguer...

    Rocla : j’ai du coeur, je n’ai même que cela. Et en ce moment mon coeur est un peu brisé car j’ai perdu mon amour. Il est parti pour un autre monde.

    Jack : je n’ai pas compris votre réponse. Mais je ne comprends jamais vos propos hermétiques. Je suis un peu bête. Ne pourriez-vous parler à la hauteur de mon entendement ?

    Bien à vous deux.


    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 16:23

      @cevennevive

      Jack : je n’ai pas compris votre réponse. Mais je ne comprends jamais vos propos hermétiques.

      C’est sans doute parce que j’ai oublié de soulever le couvercle avant de parler.

      Je suis un peu bête.

      Quand on a mal, ça rend un peu sourd mais certainement plus intelligent.

      Ne pourriez-vous parler à la hauteur de mon entendement

      Ok, Je vais de ce pas quérir la grande échelle des soldats du feu.


    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 16:35

      @cevennevive

      Je trouve que la parole et les attitudes, quelquefois outrancières, de Depardieu sont magnifiquement rabelaisiennes.

      Oui, et c’est d’une facture culturelle certaine, Rabelais fondateur de l’humour françois.

      En revanche je cherche où se cache la créativité des énarques et autres politiques, qui depuis quelques décennies enclenchent des guerres et cultives des retours d’énergies destructrices.
      Ils ont même l’audace d’invoquer le nom d’un vrai pacifiste et humaniste tolérant. Jean Jaurès.
      Mais je crois que les carottes sont cuites pour les salopards.


    • cevennevive cevennevive 11 avril 2015 16:45

      @jack mandon

      Là, j’ai tout compris.

      Mais j’ai noté aussi que votre personnalité est plus proche d’Alfred Jarry ou d’Eugène Ionesco que de Rabelais ou de Robert Merle.

      Ce n’est pas un reproche !

      Parmi tous les professeurs que j’ai eus durant ma longue scolarité, il y eut un prof de philosophie tout à fait incompréhensible, épuisant son auditoire avec ses digressions inopinées et ses grandes phrases alambiquées.

      Les autres, je les ai aimés et je les vénère encore.

      Lorsque j’ai, à mon tour, un peu enseigné, je me suis efforcée de ne jamais employer un langage que ne pourraient pas comprendre mes élèves.

      Car, quelquefois, l’humain se cache derrière des propos paraissant très profonds, qui l’habillent de mystère et de supériorité intellectuelle. Un masque de Venise en somme, vous savez, ceux qui ont double visage, l’un derrière, l’autre devant.

      Est-ce votre cas ?


    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 16:53

      @cevennevive

      L’émotion trahit l’’orthographe qui devient fantasque. Même nombreux, les salopards se conjuguent
      comme les autres, surtout au pluriel. Ils cultivent donc la langue de bois et surtout la guerre.


    • cevennevive cevennevive 11 avril 2015 17:01

      @jack mandon

      Je n’avais rien remarqué ! Je n’avais lu que les mots et les phrases...

      Et je suis d’accord avec vous sur la teneur du commentaire.

      Il y une foule de ces bons à rien qui se réclament qui de Jaurès, qui de de Gaulle, etc. En général, ils n’ont aucune personnalité, juste la prétention au trône.


    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 18:58

      @rocla+

      Idiot
      , même au troisième degré, ça peut laisser des traces dans l’imaginaire.

      Le jeu de l’idiot, dans la comédie est créatif, il montre et souligne
      nos manques, nos travers, nos faiblesses, c’est pure pédagogie poétique.
      Encore faut il l’entendre en s’impliquant soi-même, car il parle aussi de nous.


    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 19:09

      @cevennevive

      Un masque de Venise en somme, vous savez, ceux qui ont double visage, l’un derrière, l’autre devant.

      Oui, c’est le masque de Janus, il est impressionnant car il parle à tous et nous le sentons.

      Il apparaît à Amadeus et nous glace d’effroi, comme Mozart d’ailleurs, tant nous sommes complexes
      Je fais référence à l’excellent film de Milos Forman années 80


    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 19:36

      @cevennevive

      Je suis très sensible au surréalisme, qui mêle le rêve à la réalité avec humour. Beaucoup de tendresse et d’admiration pour Joseph Delteil.
      Poète et paysan farfelu, baroque et tellement attaché aux siens et à sa terre natale. Fidèle.

      « Le véritable écrivain, c’est l’ignorant de génie, qui ne sait rien mais comprend tout. C’est un grand maladroit, à l’oreille archaïque, à l’oeil phénoménal, qui fourmille de désirs, patauge dans tous les échos, la maladresse des géants. »

      Il cheminait à pas de sénateur par les chemins de son Occitanie natale avec un bonheur toujours renouvelé...mais son inquiétude prophétique de paysan-poète-visionnaire le faisait s’interroger gravement sur l’avenir de la terre et des hommes...et dans le secret de sa vie d’homme au moment du bilan...

      « De jour en jour je rejoins papa, l’allongement de la figure, l’allure du béret, l’oeil émerillonné, l’hilarité du rire, le coeur content, et déjà la canne. Jusqu’où, jusqu’où ?... »

      « Mon enfant que je n’ai pas eu...jeune je n’y pensais pas, adulte il n’y pensa pas ; vieillard je l’appelle et je l’aime... »

      Bien tendrement, pour ce moment ou il faut désormais te fondre dans une présence secrète.


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 12:20

      @jack mandon

      "En revanche je cherche où se cache la créativité des énarques et autres politiques, qui depuis quelques décennies enclenchent des guerres et cultivent des retours d’énergies destructrices. "

      Pourquoi cette faute d’orthographe ?

      Lapsus ?

      Peut être ne conjuguent-ils plus, mais sont-ils définitivement qualifiés


    • cevennevive cevennevive 13 avril 2015 18:52

      @jack mandon

      Merci Jack.

      J’aime aussi Joseph Delteil. Puis, Alexandre Vialatte, Giono, etc.



  • juluch juluch 11 avril 2015 18:14

    Un très bon acteur sachant revêtir tous les rôles à la perfection.


    Merci pour votre article.

  • Gasty Gasty 11 avril 2015 18:52

    N’y aurait-il pas une admiration du paraitre pour cet homme et ses rôles d’acteurs ?

    Il n’a pas encore jouer DIEU, faut qu’il y pense sérieusement....


  • Agafia Agafia 11 avril 2015 21:05

    Un personnage généreux, une imposante personnalité qui ne laisse jamais indifférent, qu’on l’aime ou pas.


    Et un bon acteur, certes, mais qui ne s’efface jamais derrière le personnage endossé. 
    Malgré son talent, qu’il joue untel ou untel, Depardieu est toujours présent, ce que je regrette un peu... Il prend souvent beaucoup (trop) de place au détriment du personnage interprété... 
    Mais ce n’est que mon opinion et un ressenti personnel.

    J’ai trouvé son Raspoutine vraiment très mauvais, à la limite du ridicule, il a été totalement incapable d’incarner cet obscur personnage fascinant, détestable, magnétique et inquiétant. Rôle raté dans un film raté au scénario raté, bourré de clichés et sans queue ni tête. Fanny Ardant y est très mauvaise aussi...
    Une grosse daube quoi, autant dans sa version française que russe, malgré un budget conséquent.
    Je conseille plutôt, « Raspoutine, l’agonie », de Elem Klimov, avec Aliocha Petrenko dans le rôle du staretz.

    Bref, on va dire que je ne suis pas une accro ou une fervente admiratrice de ce bonhomme.



    • jack mandon jack mandon 12 avril 2015 00:55

      @Agafia

      Raspoutine est un exemple en creux. Ce n’est pas une réussite...paraît-il, un mauvais film.

      Le choix que vous faites trahit votre rejet de l’acteur.

      « bon acteur, certes, mais qui ne s’efface jamais derrière le personnage endossé. »

      Dans la même veine donc.

      Depardieu s’immerge dans le rôle au point de s’anéantir. Perdant ainsi toute consistance, toute épaisseur, ce qui pour lui est le comble du paradoxe, mais le signe du talent.

      Les causes qui motivent nos choix sont plus importantes que nos choix. De ce point de vue philosophique, nos avis respectifs n’ont aucune importance.

      La cause c’est ce qui nous chatouille ou nous grattouille.

      Si je jouais Depardieu, je vous dirais que vos talons aiguilles et vos bas résilles me font bander.
      Comme je ne suis pas Gérard, votre icône est plaisante, voire même très coquine.


    • Agafia Agafia 14 avril 2015 19:55

      @jack mandon
      Le choix que vous faites trahit votre rejet de l’acteur.


      Rejet est peut-être un peu fort et mon choix s’explique facilement : Raspoutine est l’un ou le dernier « grand » rôle du sieur Depardieu, et la Russie étant ma seconde patrie, tout ce qui s’y rapporte, son histoire, sa culture, ses personnalités, etc. me touche personnellement et m’intéresse vivement.
      J’essaye toujours d’être objective autant que possible, et je peux vous assurer que j’ai trouvé Depardieu admirable dans certains de ses rôles.

      Si je jouais Depardieu, je vous dirais que vos talons aiguilles et vos bas résilles me font bander.
      Comme je ne suis pas Gérard, votre icône est plaisante, voire même très coquine


      Et j’accepte et apprécie tout autant le compliment qu’il soit présenté façon Depardieu, ou façon J. Mandon smiley
      Ravie que mon avatar vous plaise.

    • jack mandon jack mandon 14 avril 2015 23:22

      @Agafia

      J’essaye toujours d’être objective autant que possible, et je peux vous assurer que j’ai trouvé Depardieu admirable dans certains de ses rôles.

      La clarté et la précision de votre commentaire parle objectivement. Merci pour l’altitude.


      Par l’intervention de 65 beve, il me semble qu’un autre aspect de la critique apparaît, surtout relativement au politique, pour qui depuis l’antiquité socratique et platonicienne, l’art et l’illusion étaient à l’index, voire même méprisé. Dans le Charmide et la république « l’art du simulacre ».
      Le grand souci du cadrage législatif, au fond de la censure...la démocratie athénienne pratiquait déjà la censure...de plus Gérard semblait toucher au fond de commerce, de plus comme tout artiste où le coeur vagabonde la gauche et la droite ou vise-versa ne veulent pas dire grand chose pour lui. Il semble aussi sensible au charisme de l’être humain...certes il est moins syndiqué que son collègue et désormais adversaire Torreton.
       
      Vous avez aussi le sens de l’humour, c’est une belle nouvelle sur l’Agora.

      Bonne nuit et merci de votre visite..


  • 65beve 65beve 11 avril 2015 22:29

    Bonsoir,

    Mon préféré c’est le « 1900 » de bertolucci .
    (à égalité avec « Jean de Florette »).
    Mais je peux revoir avec plaisir chaque film avec ce grand monsieur.

    On ne s’étonnera pas de trouver Zemmour parmi ses détracteurs en 2012.

    Et je corrige ; « Un Stradivarius et un Yquem dans un corps de camionneur. »





    • jack mandon jack mandon 11 avril 2015 23:55

      @65beve

      Eric Zemmour, tout à fait brillant, c’est un débatteur redoutable, arguments et logique implacables.
      Gérard Depardieu est un artiste sensoriel qui s’investit animalement , charnellement, ce n’est pas un intellectuel.
      Dés l’antiquité, les philosophes,Socrate, Platon évoquent l’art et l’illusion. Le Charmide, la République. C’est le mépris et la condamnation des poètes. Le mépris affiché dans le sophisme pour l’art du simulacre.
      Et pourtant l’un et l’autre se révèlent très légers et sensibles. Où se trouve la contradiction ?
      Ce qu’ils défendent, c’est l’utilisation rationnelle et réfléchie de l’oeuvre d’art par le filtre du législateur. Notre ami Zemmour raisonne comme les philosophes de l’antiquité, mais aussi comme un politique. Deux mondes, deux sensibilités de l’humain...depuis la nuit des temps.
      Antagonisme qui ne peut se résoudre par la seule raison au risque de la tyrannie.

      Cela n’empêche pas ces deux caractères humains de briller, mais l’antagonisme demeure.
      Après chacun de nous fait avec son intelligence et sa sensibilité.

      Dans le genre, certains religieux ne sont pas mal non plus pour éradiquer la différence.
      Chez ceux là, c’est le sentiment religieux qui devient despotique pour l’autre.

      Merci de votre intervention, au fond, c’est le coeur du débat.


    • jack mandon jack mandon 12 avril 2015 00:12

      @65beve

      « Un Stradivarius et un Yquem dans un corps de camionneur. »

      Je me suis contenté de citer la phrase de l’intéressé qui est populairement bien imagée.


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 12:40

      @65beve

      Votre intervention m’a offert l’occasion de faire un lien avec nos modèles antiques.

      Dés l’antiquité, les philosophes,Socrate, Platon évoquent l’art et l’illusion. Le Charmide, la République. C’est le mépris et la condamnation des poètes. Le mépris affiché dans le sophisme pour l’art du simulacre.
      Et pourtant l’un et l’autre se révèlent très légers et sensibles. Où se trouve la contradiction ?
      Ce qu’ils défendent, c’est l’utilisation rationnelle et réfléchie de l’oeuvre d’art par le filtre du législateur.
      Cela me rappelle les films publicitaires, quelques fois excellents de l’époque stalinienne

      Tous les pouvoirs affectionnent les artistes...surtout célèbres, ils enclenchent un processus émotionnel projectif dans le peuple qu’il est intéressant de récupérer et même de détourner.

      Idéalement, l’art se vit dans l’être, certes, il alimente l’avoir, mais un comédien qui ne fréquente plus la scène est malheureux, sa vie est essentiellement dans ce moment magique ou il est habité par un rôle qui l’abstrait de ce monde limitant où il traîne son enveloppe somme toute commune.


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 12:46

      @65beve

      On ne peut oublier le bon sens de Coluche.

      « Avant moi, la France était coupée en deux, maintenant elle est pliée en quatre. »

      La France est toujours coupée en deux, les politiques et même les journalistes s’y emploient.

      Dommage, elle n’est pas vraiment pliée en quatre. On ne rit plus beaucoup...sinon dans son coin


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 12:59

      @jack mandon

      « Un Stradivarius et un Yquem dans un corps de camionneur. »

      C’ est ainsi plus complet

      Un hédoniste fréquente autant Bacchus qu’Épicure, il peut être très raffiné

      Cela me rappelle Léopold dans Uranus qui faisait des vers tout en descendant des verres, voire même des bouteilles, puis déclamait Andromaque des larmes dans les yeux avec sa voix veloutée.


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 19:29

      @rocla+

      ...Alors pourquoi boire cet alcool qui est plus onéreux que l’eau ferru..., ferrugineuse, ruine la santé et le portefeuille ?

      L’alcool non, mais l’eau ferru, l’eau ferru ferrugineuse oui !

      D’ailleurs l’alcool brûle les tissus de l’organisme et vous le sentez quand vous en bouvez, quand vous en buvez, ça pique ! ...


    • La Dame du Lac La Dame du Lac 13 avril 2015 19:37

      Mon Cher Capitaine, vos commentaires sont excellents ! Vraiment, celui là je vous le pique et vous avez raison, méfions nous des moralisateurs qui ne boivent pas. Perso je vis à côté d’une distillerie de Zhisky pas très loin du...Loch Lomond ! C’est vrai en plus, lol !


    • La Dame du Lac La Dame du Lac 13 avril 2015 19:39

      Pardon,

      .
       je voulais dire Whisky, pas Zhisky ! C’est ce clavier Ecossais , le Z est à la place du W... Damned !


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 19:51

      @rocla+

      Des doutes m’étreignent, je me suspecte, je sens poindre le dénuement,
      car enfin le confesse, ne consomme le vin, encore moins spiritueux, que nenni

      mais songe à mes aïeux qui ne s’en privèrent point.
      Et pourtant je ne trinque pas ?

      Enfin tout cela est bien fâcheux. Me voici dévoré de noires songeries,
      Vous, maintenant voguant, sifflotant, bien ingrat devant mon désarroi


    • La Dame du Lac La Dame du Lac 13 avril 2015 20:14

      @rocla+

      Le Zhisky est l’élite de l’éthylisme mon Capitaine.
      .

      20 ans d’âge est le summum pour le divin Malt.


    • jack mandon jack mandon 13 avril 2015 20:19

      @rocla+

       ivrogne,

      Le vocable lui même décourageant, inventé sans doute par un linguiste abstinent
      qui fut dans son enfance comblé de nounous plantureuses, filles de Gargamelle.

      Barde avez raison, de chanter les avantages, du plus court chemin d’un point à l’autre.


    • jack mandon jack mandon 14 avril 2015 10:17

      @rocla+

      Et les mots fourmillent, les apparitions et les monstres mystérieux.

      Un des aspects du monde de l’art est d’échapper à toute chose.

      Naturel qu’il inquiète la forme et la norme puisqu’il se joue du monde.


  • Agafia Agafia 14 avril 2015 20:02

    Quant aux spiritueux, je recommanderais le Samogon, qui est, bien plus que la vodka, le véritable et historique alcool russe.


    Perso, je n’ai jamais apprécié le whisky.



    • jack mandon jack mandon 14 avril 2015 23:33

      @Agafia

      Impressionnant de manier les vocables alcoolisés, mais reconnaissez, ça fait des trous dans les bas.
      Oh non je n’aurais pas du la faire, c’est inesthétique.
      Mais je sais votre humour à toute épreuve...Au fait, l’humour russe, c’est comment ?

      Je verrais bien une Europe de l’Est contrebalançant celle qui prend l’eau, et vous ?


    • Agafia Agafia 15 avril 2015 21:31

      @jack mandon


       smiley ... Peut-être est-là où le bas blesse ?

      Quant à l’humour russe, cher Jack, comme « on » dit : On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui... - Mais à propos, qui est ce « on » dont il est toujours question ? - et je me ferai un plaisir de vous répondre ... mais pas ce soir... 
      Et rassurez-vous, ce n’est pas une question de migraine. smiley

      Je vous souhaite une excellente soirée.







    • confiture 20 avril 2015 20:27

      @Agafia
      jack voudrait connaitre la dure loi du Talon :)


    • jack mandon jack mandon 21 avril 2015 05:29

      @confiture

      To yan a sémite ?

      Moa sensible aussi à l’érotisme mosaïque.


  • jack mandon jack mandon 23 avril 2015 13:15

    A tous,

    Je remercie les quelques intervenants qui ont su, passer le cap du style un peu ampoulé, les alexandrins et le lyrisme à deux sesterces, pour exprimer un avis constructif.
    En revanche, ce modeste papier confirme pour moi, par sa résultante, le crédit, l’admiration et le respect que je témoigne à l’acteur, au comédien et à l’homme Gérard Depardieu.
    Maintenant, je déplore et comprend mieux son choix d’exil.


  • jack mandon jack mandon 28 avril 2015 01:51

    De Michel Onfray

    En France, on ne polémique plus : on assassine, on méprise, on tue, on détruit, on calomnie, on attaque, on souille, on insinue…

    Intolérance et médiocrité expressions françaises devenues


  • jack mandon jack mandon 28 avril 2015 02:03

    On ne convainc que les gens qui partagent notre opinion. Les autres ne veulent pas vous entendre, ils ne veulent que vous combattre.

    Nos convictions reposent sur des causes profondes, plus ou moins inconscientes, mais souvent tout à fait irrationnelles. Bien sur nous tentons toujours de nous justifier par une argumentation de surface.


  • cevennevive cevennevive 28 avril 2015 08:51

    Bonjour Jack


    Pour en revenir aux alcool forts, au vin et aux ivrognes, « in vino veritas » dit-ton.

    Je regrette de ne pas satisfaire à ce remède à l’inhibition et à la tristesse. Je n’aime guère l’alcool. Mais il est vrai que les ivrognes célèbres nous ont donné parfois de bien belles pensées.

    Le clochard imbibé est très mal vu de la foule qui le contourne. Pourtant, il est bien sympathique, et il a trouvé un dérivatif à sa misère.

    Un jour, perdue dans la gare de Lyon (à cause de travaux) je cherchais, en sous-sol, un chemin pour rejoindre le métro. Un groupe de clochards, assis, bouteille de rouge entre les cuisses, m’ont apostrophée gentiment. S’emparant de mon bagage, ils m’ont montré le chemin, et l’un d’entre eux m’a tendu sa bouteille. Je ne pouvais faire autrement que d’y boire avec le sourire, pour ne pas le froisser.

    J’aime les clochards. Leur naturel joyeux ou triste est bien plus attrayant que la fausse sollicitude des bourgeois. D’autre part, chez le bourgeois, l’alcool est souvent triste.

    Bonne journée Jack.


    • jack mandon jack mandon 28 avril 2015 13:06

      @cevennevive

      Bonjour soeur dans la marginalité.

      J’aime les clochards. Leur naturel joyeux ou triste est bien plus attrayant que la fausse sollicitude des bourgeois. D’autre part, chez le bourgeois, l’alcool est souvent triste.

      Entre ces deux extrêmes, je ne choisi pas, les premiers me font de la peine, les seconds m’ennuient.

      Solitaire je suis, évitant le traumatisme d’Alceste le misanthrope et ne m’illusionnant peu sur l’amitié de Philinte. Je ne suis pas assez généreux pour boire à la bouteille d’un clochard et suis assez profond pour refuser l’échange banal du bourgeois qui ne rêve ni ne pense gratuitement.

      Nous ne sommes pas éloignés mais avons connu un malentendu...désormais derrière nous. Je m’en réjouis, j’aime la paix.

      A bientôt


  • cevennevive cevennevive 28 avril 2015 13:47

    C’est dommage, Jack, que vous ne soyez « pas assez généreux pour boire à la bouteille d’un clochard ». A partir de cette preuve d’empathie et de confiance, l’on peut découvrir bien des personnalités diverses qui nous apportent beaucoup.


    Point n’est besoin d’avaler la moitié de la bouteille ! (je plaisante).

    J’ai connu, lors de mes multiples voyages à l’étranger de pareils moments.

    Un jour, en Tunisie, sur le site de El Shem, un groupe d’ouvriers installés à l’ombre, étaient en train de manger. Ils m’ont fait signe de m’avancer, avec en main, une théière et des gobelets. Je suis allée m’asseoir parmi eux, j’ai partagé un peu leur repas et leur boisson. A partir de ce moment-là, tous m’ont parlé franchement de leur vie, de leurs conditions de travail, de leurs bonheurs et de leurs petits malheurs. Je précise que c’était avant leur « révolution ».

    Et plein d’endroits, j’ai rencontré des pauvres, des modestes, qui m’ont plus appris le sens du partage que bien des nantis, et dans des pays où les bien pensants d’aujourd’hui nous déconseillent d’aller parce que trop dangereux.

    Quant aux habitants des Iles, quelles qu’elles soient, (Maurice, Seychelles, etc) il faut savoir partager leur quotidien, leur nourriture et même leur cabane ! Ce n’est qu’à cette condition qu’ils nous ouvrent leur coeur et leur amitié.




  • cevennevive cevennevive 28 avril 2015 13:54

    Nous sommes loin de votre article, quoique...


    Pour appuyer mes dires quant à l’hospitalité des humbles ou des nantis, un petit ouvrage qui représente tout à fait ce que j’ai dit plus haut :

    « Un chemin de promesses » par Edouard et Mathilde Costès.

    Un chemin qui va de Paris à Jérusalem, à pied, sans argent, sans certe de crédit, sans sac de voyage et sans denrées alimentaires.



    • jack mandon jack mandon 29 avril 2015 23:23

      @cevennevive

      Bonsoir,

      « Un chemin de promesses » par Edouard et Mathilde Costès.

      Un couple, un partage, une foi commune et tout est possible...la preuve.

      Je ne connais pas, je vais y regarder de plus près.

      Nous ne sommes pas très éloignés de l’article. Une vie d’artiste est un voyage un peu fou, où la raison raisonnante est dérisoire. Je trouve cocasse et triste à la fois qu’elle se trouve sanctionnée par des gens du tout venant qui n’entreront jamais dans ce plan de nature spirituelle.
      C’est vrai que ces gens là n’ont pas de mot, alors ils sanctionnent par la seule négativité.

      De Jacques Brel, le grand Jacques,

      ...Faut vous dire, Monsieur
      Que chez ces gens-là
      On n´vit pas, Monsieur
      On n´vit pas, on triche...

      Bonne nuit amie.


    • jack mandon jack mandon 1er mai 2015 19:53

      @jack mandon

      Obsessionnellement je reviens à cet acteur, à ses rôles puissants, dont celui-ci non mentionné,

      « Danton » / Gérard Depardieu / France Nation et ... - YouTube
       

    • jack mandon jack mandon 12 mai 2015 13:52

      @jack mandon

      Depardieu !" data-visibility-tracking="CCQQpDAYACITCIrXzrjMu8UCFREfHAodCVAAYCj4HUDCxvei6MGLuJAB">Scènes cultes : Quentin de Montargis « Tais-toi » / Depardieu ! de Gérard Filmographie 10 426 vues


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